Champigny en chiffres

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Histoire de Champigny

Brève histoire de Champigny jusqu’à la Révolution (d’après le chanoine Paul Megnien)

 

Une dizaine de villages de France portent le nom de Champigny. C’est pour le distinguer des autres qu’il fut dit, dès le 14e siècle : CHAMPIGNY SUR YONNE.

Ultime prolongement méridional de la Champagne pouilleuse, dont le plateau va s’inclinant jusqu’aux bords de l’Yonne, toute cette petite région naturelle où s’insère notre village fait, au-delà de la vallée, vers le sud, transition avec le Gâtinais français.

C’est pendant l’ère secondaire, disent les géologues, que, sous la mer qui recouvrait tout l’actuel Bassin parisien, s’est élaboré le fond crayeux du sol, lequel atteint plus de 450 mètres sous le niveau de la vallée et repose sur 400 m de sable et d’argile du Crétacé inférieur, puis sur 900 m de calcaires du Jurassique.

Cette région de la Basse-Yonne a été habitée sans discontinuité depuis l’arrivée des premiers hommes et que là se sont rencontrés les courants de civilisation et d’échanges commerciaux les plus anciens.

A Champigny plusieurs emplacements gallo-romains ont été reconnus. L’un, entre Champigny et La Chapelle, avait été coupé par le remblai de la voie ferrée, au lieu-dit Derrière-le-Buisson-au-Lièvre, à 100 m de l’ancienne voie romaine conduisant d’Agedincum à Condate (Montereau).

Les origines du principal hameau de Champigny, LA CHAPELLE, sont obscures et son histoire est difficile à suivre. Des fouilles archéologiques, on l’a vu, ont révélé l’existence d’un cimetière mérovingien à l’ouest de La Chapelle-Beaumont. Il y avait donc non loin de là un village qu’on n’a pu encore localiser. De ce village, christianisé lui aussi, les pouillés de Sens (tableaux des bénéfices ecclésiastiques du diocèse) parlent comme d’une paroisse. Une charte de Béon de 1275 dit : « Capella defuncti Pagani », ce qu’on traduisit communément par « La Chapelle-feu-Pagen », c’est-à-dire : du défunt Payen. Un autre document ajoute : « ...Pagani militis », précisant que ce payen était un « chevalier ». Or comme on voit en 1224 un certain Payen de la Chapelle et sa femme Elisabeth faire des libéralités à la Commanderie assez voisine de Plessis- Saint-Jean, on peut se demander si notre chapelle n’a pas été aussi fondée par lui.

Champigny n’entre dans l’histoire proprement dite que bien tardivement. C’est dans un manuscrit sénonais du début du IXe, le Liber Sacra- mentonun, conservé à la Bibliothèque de Stockholm, qu’on lit pour la première fois son nom, en latin : « Campaniacum ». En 872, on le retrouve avec cette variante :  « Campiniacum », puis, en 1272, orthographié ainsi : « Campigniacum ».

A l’origine du mot il peut y avoir un gentilice, un nom d’homme : Campanius, combiné avec le suffixe gaulois : acum, fréquemment accolé aux noms de lieux et qui aboutit à la désinence « ac » dans le midi et «y » dans le nord : Champagnac, à côté de Champagny. Mais il dérive plutôt du mot campania qui, en bas latin, désignait une étendue de champs, spécialement de terres sèches et nues dont le sous-sol est formé de calcaire et de craie. En France, six grandes régions portent le nom de Champagne. On connaît 27 mots ayant la même racine.

Dans ce manuscrit du IXe siècle, Champigny figure sur la liste des paroisses du grand archidiaconé de Sens , au nombre par conséquent des paroisses organisées, ayant leur église, leur pasteur et les revenus suffisants à leur existence. Un concile en effet, tenu à Orléans, en 532, avec saint Léon de Sens, avait interdit de fonder de nouvelles paroisses sans que fussent assurées les ressources nécessaires pour l’exercice du culte et la vie du prêtre. Ce qui laisse entendre qu’au début du VIe il s’était produit une sorte d’inflation dans la création des paroisses, surtout dans le milieu rural, récemment évangélisé sous l’impulsion de saint Martin de Tours. Et le fait que cet apôtre des campagnes soit le patron de la paroisse et de l’église de Champigny (XII-XVIe siècles) permet de supposer que celles-ci remontent au temps de la christianisation des campagnes, au Ve peut-être.

Quant au premier groupement d’habitations qui précéda la paroisse proprement dite, on peut l’imaginer avec vraisemblance installé près d’un vieux chemin qui, entre la Ruelle et le Vau, montait de la vallée dans les bois, où il se prolongeait par le sentier de la Messe. C’est de ce côté du bourg que se trouverait donc le berceau de Champigny. Et c’est là, puis autour de l’église et à la Croix-Brossée (dite Gré p’chée) qu’on trouvait les plus vieilles maisons.

La paroisse de Champigny figure dans le document cité comme ayant été fondée et étant desservie par le clergé séculier, et donc dépendant au spirituel de l’archevêque de Sens ; alors que les paroisses voisines de Chaumont et de Courlon relevaient du clergé régulier et avaient à leur tête un religieux, curé-prieur.

Le diocèse de Sens était par ses dimensions le plus considérable de France. Il couvrait en partie cinq départements actuels, englobant au nord Etampes, Melun, Provins, Fontainebleau. On y comptera, en 1753, 5 archidiaconés, 767 curés et 29 succursales. Champigny faisait partie de l’archidiaconé de Sens, qui recouvrait l’ancien pagus senonensis, et du doyenné de Marolles. Il en sera ainsi jusqu’en 1790.

Mais Sens était aussi métropole, siège d’un archidiocèse constitué dans les limites territoriales de l’ancienne province romaine et qui comprenait les diocèses de Paris (jusqu’en 1622), d’Orléans, de Chartres, de Troyes, de Meaux, d’Auxerre et de Nevers.

« Au XIIe et surtout au XIIIe, a-t-on écrit, l’histoire de chacun de nos villages se confond avec celle de son seigneur ». Pour comprendre tous les aspects du système seigneurial, il faut se rappeler qu’après la conquête romaine, c’est l’esclavage qui régla les rapports entre propriétaires et paysans. Les Francs ne firent que partager avec les colons romains les terres et les hommes. L’idée chrétienne amena les maîtres à remplacer l’esclavage par le servage, régime qui ne donnait pas la liberté mais concédait aux manants famille, maison, terres. L’affranchissement, inauguré et patronné par l’Eglise, substitua de nouveau à ce régime celui des contrats, ou chartes, par lesquels étaient réglées entre le seigneur et ses hommes leurs obligations réciproques.

Champigny fait partie des possessions des vicomtes de Sens au XIIe siècle. Lors du partage du patrimoine de la dernière vicomtesse Ermensent peu après 1200, la seigneurie de Champigny rejoint le lot de la famille des Barres centré sur la seigneurie de Chaumont. C’est ainsi qu’on peut la considérer comme démembrement de la seigneurie de Chaumont durant la seconde phase de la guerre de Cent Ans. La seigneurie devient successivement la propriété des familles du Croiset (milieu XVe siècle), Legoux (fin XVe), et enfin Bernard (XVIe à 1790).

Le village, d'une dimension modeste, était composé de laboureurs, de petits vignerons, de quelques artisans, et de rares marchands. Il accueillera un notaire au XVIIe siècle. Il disposait d'un des très rares moulins à vent de la vallée de l'Yonne (lieu-dit Haut des Moulins).

Lorsqu’éclatèrent les guerres dites guerres de religion, qui devaient durer de 1562 à 1593, la France, un siècle après la guerre de Cent Ans, était dans un état de richesse admirable. Le protestantisme eut, dès son origine, de profondes racines dans les pays de l’Yonne. Nulle part les persécutions ne furent plus sanglantes, les représailles plus furieuses et le vandalisme plus aveugle et plus barbare selon le témoin Claude Haton, clerc de Saint-Ayoul de Provins. Champigny, il est vrai, n’est pas cité dans l’histoire de ces guerres. C’est qu’il n’était pas un foyer huguenot, au contraire de Bray et même de Villemanoche, avec ses dissidents appelés « les cousins de Villemanoche ». Mais tout près d’ici se passèrent des scènes d’horreur dont le récit colporté dut jeter les habitants dans la terreur. Cela d’autant plus qu’ils eurent à subir aussi le passage des troupes et les pillages, du fait qu’il y avait à deux pas de là, à Sens et à Vallery, deux principaux foyers protestants.

Sous la Révolution, l’Assemblée Législative réorganisa la vie publique et administrative, faisant, par le décret du 14 décembre 1789, de la municipalité la nouvelle base de l’état social. A la paroisse, dont le nom restera officiellement en usage jusqu’à la République, succède la commune dont les administrateurs seront élus par les citoyens actifs — 120 environ à Champigny, convoqués à l’église — c’est-à-dire pris parmi les plus riches ou aisés, payant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.

En vertu de la loi du 10 août 1793, le conseil municipal se rendit le 14 octobre au château pour se faire remettre « en vue de leur brûlement » les archives : terriers, contrats d’acquisition, cartes et plans et autres titres seigneuriaux remontant à 1467. Il les déposa au greffe de la municipalité et fit brûler le tout, le 12 novembre, sur un bûcher de bois au Champ de la Révolution. Emprisonnée à Sens, la dernière représentante de la famille des Barres, Anne-Alexandrine de Bernard de Champigny, comtesse de Balincourt, mourut en prison, le 6 novembre, sans avoir été jugée ni condamnée. Elle fut enterrée précipitamment dans un champ voisin de la prison. Un de ses petit-fils, le marquis de Balincourt, capitaine de frégate, relèvera les cendres de ses grands-parents et les réunira, en 1870, dans la tombe surmontée de cette croix fleurdelisée qui se voit encore au bas du cimetière de Champigny.

Les municipalités devaient jouir désormais de pouvoirs étendus : budget, gestion des biens, voierie, mais aussi répartition des contributions et police. Si leur origine institutionnelle remonte bien à la Révolution, aujourd’hui elles sont élues sur une base plus démocratique au suffrage universel.

Pour en savoir plus, voir l’ouvrage du chanoine Paul Megnien, Champigny sur Yonne, hier et aujourd’hui, Sainte-Colombe-lès-Sens, 1970 - 134 pages, en ligne sur le site mémoires de campestriens :

http://campestrien-89340.over-blog.com/