Brève présentation

L’Eglise de Champigny, sous le patronage de saint Martin, appartient à plusieurs styles. Elle est construite en pierres de grès extraites de la carrière proche. Les parties les plus remarquables sont le sanctuaire, du XIIème siècle, avec ses belles fenêtres et son ensemble harmonieux ainsi que la chapelle seigneuriale dite de la Sainte Croix, ainsi nommée en raison du grand calvaire qui surmonte l’autel, en belle pierre de taille finement sculptée (date de construction 1519) ; les magnifiques nervures de la voûte et la splendide rosace qui rappelle exactement dans des proportions plus modestes, les roses des portails de la cathédrale de la cathédrale de Sens.

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Travaux de restauration et découvertes

Les sondages, puis les travaux qui ont suivis, ont permis de reconstituer les étapes de construction de l’église.
1 – Une église romane à nef unique sans bas-côté, avec une abside semi circulaire datant du début du 12ème siècle (il en subsiste le portail d’entrée).
2 – La construction au 15ème siècle de bas-côtés, entraînant le percement en sous œuvre des deux murs de nef qui furent conservés, ainsi que la construction d’un chœur et d’une abside polygonale plus vaste entraînant la démolition du petit chœur roman.
3 – La construction du clocher.
4 – La construction d’une vaste chapelle formant faux transept, en pendant du clocher.
5 – Au 17ème l’élargissement de la pile nord-ouest du clocher qui devait déjà montrer des signes de faiblesse et la construction de la sacristie.
6 – Au 18ème siècle création d’un porche.
TRAVAUX DEJA ENTREPRIS
2002 – Intervention de 1ère urgence ( dépose de pierres en péril (sécurité), mise sur étais de la partie dangereuse de la charpente, pose de tôles diverses sur la toiture, compris remaniage de tuiles, sondages géotechniques en sol)
2004-2006 ( reprise générale des fondations et restauration du clocher)
2007-2008: ( restauration complète du chœur, abside, faux transept et sacristie)
Depuis 2010: ( restauration de la couverture, des façades de la nef et des bas côtés, vitraux, menuiserie, etc...) Malgré les fonds publics sollicités, le montant restant à la charge de notre commune reste très important.

Visite guidée par Paul Megnien

La façade révèle un édifice à trois nefs, mais la légère cassure des deux arêtes du pignon montre que les deux bas-côtés sont venus s’ajouter plus tardivement à la nef d’un édifice antérieur. La fenêtre de gauche, de style flamboyant, évoque la fin du XVe ou le début du XVIe ; celle de droite, l’époque de la Renaissance. C’est entre les deux contreforts qui marquent la limite de ces deux apports que sont conservés, comme au centre d’un triptyque, les éléments témoins de temps plus anciens : les fenêtres géminées et surtout, au fond de l’auvent rustique qui sert de porche à l’église, la porte d’entrée avec ses colonnettes, leurs chapiteaux et les tores de l’archivolte en plein cintre. On peut dater cet ensemble du XIIème siècle.

Les travaux de ravalement de cette partie de l’édifice ont permis de déterminer le tracé de la façade de l’église romane antérieure, celle qui brûla au XVe et dont le pignon, plus bas que l’actuel, se prolongeait à droite sur un bas-côté de petite largeur.

Restant à l’extérieur, tournons à droite en empruntant la route qui, fort malencontreusement, enterre les parties basses de l’église sur ce côté sud.

C’est ici, au transept droit, que s’élève le clocher. C’est une tour de section carrée, semblable à celles qu’on voit à toutes les églises des environs et qu’on date des XIIème ou XIIIème siècles, et, comme elles, construite avec ces pierres de grès dur trouvées dans la région. Deux contreforts à chaque angle contribuent à lui donner solidité et élévation. Deux étages au sommet : le premier, percé sur ses quatre faces d’une longue ouverture garnie d’abat-sons, sert de beffroi ; le second, reposant sur la tête des contreforts, abrite l’horloge.

L’actuelle horloge, électrifiée, a remplacé en 1952 celle dont la municipalité avait fait l’acquisition en 1873, l’ancienne étant alors hors d’usage et irréparable. Mais la nouvelle, payée 2 650 F au sieur Beignet de Paris, avec, disait-on, l’argent reçu en indemnité pour les frais d’occupation des troupes allemandes en 70, montra un tel mauvais caractère qu’on l’appelait : la prussienne.

Un toit pyramidal, couvert d’ardoises, agrémenté de quatre lucarnes et surmonté de la croix et du coq traditionnel, symbole de la vigilance curiale, coiffe cette tour dans de bonnes proportions. Sur sa face est, le clocher est flanqué d’une tourelle à l’intérieur de laquelle un escalier en colimaçon permet d’accéder au beffroi. Même disposition à Villemanoche, dans cette partie de l’église du XIIème siècle.

Des quatre ou cinq cloches qui jadis répandaient dans les airs leur gai carillon, deux seules restent. La plus grosse fut deux fois bénite. Une première fois à sa naissance, en 1680, par le sieur curé Michel Tissier. Elle fut alors dénommée Barbe par sa marraine Barbe Chaudet, dame de Champigny, son parrain étant messire Jacques de Bernard, seigneur du lieu. Cassée en 1854, elle ne donnait plus qu’un son faux et désagréable. Alors la fabrique organisa auprès des habitants une souscription qui rapporta 650 F en 1858. Le travail de refonte fut confié à un certain François Barraud, fondeur de cloches à Champignelles, en Haute-Marne, sur un devis de 700 F. Descendue par une ouverture pratiquée dans la voûte, la cloche fut donc refondue le 2 septembre 1858 sur la place du Champ-Commun, au milieu d’un immense concours de peuple et aux applaudissements de tous. II se révéla que dans l’opération elle avait grossi de 30 kilos — elle en pesait désormais 992 — ce qui accrut également de 180 F la note à payer. Ladite cloche fut donc une seconde fois bénite, le 22 septembre suivant, par Mgr Mellon-Jolly, et prit le nouveau nom de Marie-Françoise-Albertine, le parrain étant François Laitier, président au tribunal civil de Sens, et la marraine la baronne Dijols, née Adélaïde Esmengard de Bournonville.

Avec son acte de baptême elle porte l’inscription latine dont voici la traduction : « JE LOUE DIEU, J’APPELLE LE PEUPLE, JE PLEURE LES DEFUNTS, JE COMBATS LES DÉMONS, j’EMBELLIS LES FÊTES. PAIX A TOUS, MÊME A CEUX QUI REFUSENT ».

La seconde cloche, plus petite, date de 1639. Elle fut nommée Claude- Rémye-Colombe par damoiselle Colombe Pot, fille du seigneur de Plénoche et de Claude de Bernard, et par messire Geniers, seigneur du Coudray. Fêlée en 1904, elle devint inutilisable. M. Ragot, curé de Champigny, confia en 1911 au sieur Chambon, fondeur de cloches à Chalette, l’ancien fief des de Bernard, le soin de la réparer par le procédé nouveau de la brasure qui évitait la descente, la refonte et la remontée de la cloche. L’opération coûta 353,50 F.

Ces deux cloches sont depuis 1952 électrifiées. Jusqu’alors c’était l’office du sonneur de les tirer. En 1875, celui-ci touchait 150 F pour ce service, auquel s’ajoutait l’obligation d’aider le bedeau à nettoyer l’église. Les sonneurs avaient coutume d’inscrire leur nom dans la cage des poids de l’horloge. L. Poissot figurait en tête de cette liste, en 1613. On voyait aussi qu’à partir de 1682 la charge de sonneur était restée pendant plus d’un siècle dans la famille Demonperreux. Le dernier en date des sonneurs fut M. Régnard, appelé familièrement « le père Gars », son fils ayant été dans le même temps le dernier chantre.

Passons au chevet de l’église.

Il est de forme pentagonale. Les contreforts qui aux angles en soulignent la structure et les cinq longues fenêtres, identiques à celles de la façade et à celles du clocher, donnent à l’ensemble de l’élévation et une certaine majesté. Dans son Répertoire des antiquités de l’Yonne, Max Quantin date le clocher du XV* et ce chevet du XIIème ou XIIIème, ce qui n’apparait pas très clairement.

A droite, en appentis, la sacristie. A l’intérieur c’est une salle voûtée dont les arcs très surbaissés s’appuient sur des colonnes engagées dans les quatre encoignures.

Le côté nord présente un aspect tout différent des autres côtés. Face au château, on l’a voulu seigneurial.

Le grand pignon du transept, soutenu par de plus larges contreforts à plusieurs ressauts, s’orne d’une grande baie encadrée dans un arc ogive où se déploie une très belle rosace du plus pur style ogival flamboyant.

Les deux autres fenêtres du bas-côté sont dans le même style et donc de la même époque. Elles sont disposées de part et d’autre d’un très joli portail encadré de deux contreforts. Sur ceux-ci prend appui un arc surbaissé qui supporte un pignon dont l’angle fait un heureux rappel de celui du transept et de la pointe pyramidale du clocher. La porte elle- même est particulièrement ornée ; un arc en accolade la dessine nettement et elle est cantonnée de deux légers pilastres ornementaux qui s’achèvent en fins pinacles. Entre ceux-ci, trois niches finement sculptées, mais vides de leurs statues. L’ensemble a été récemment restauré et préservé d’une ruine imminente.

A deux mètres du sol, un bandeau en saillie, faisant revers d’eau, court le long de cette façade et assure un lien entre les divers éléments qui la composent.

Descendant les quatre marches du porche, entrons maintenant à l’intérieur de l’église.

La longueur du vaisseau est de 28,10 m, la largeur des nefs de 18,10 m et la hauteur de la voûte dans la nef centrale de 11 m.

Cette nef centrale comporte trois travées barlongues. Les voûtes sont des voûtes d’arête dont les nervures, en arc surbaissé, retombent sur les chapiteaux toscans de colonnes d’abord engagées dans le mur puis cantonnant les piliers. Aux deux extrémités de la nef, les arcs des voûtes reposent sur des culots ornés de figurines. Au-dessus des deux fenêtres qui ouvrent sur la façade, un cartouche porte la date de 1563. Le raccord de la nef avec le chœur de l’église s’est fait difficilement par le moyen d’un gros doubleau ogive reposant de chaque côté sur deux pilastres, lesquels se perdent eux-mêmes dans des piles de maçonnerie cubiques. Aux clefs de voûte subsistent deux pendentifs sculptés.

Dans cette grand’nef, en face de la chaire, est placé un curieux banc d’œuvre où prenaient place jadis les marguilliers de la fabrique. Il est orné de guirlandes sculptées et, sous le baldaquin, du chiffre de saint Martin, patron de la paroisse. On voit le même, mais encore plus orné, dans l’église de Courlon.

Passons dans le bas-côté droit.

Trois travées également, mais sur plan carré. Les voûtes sont soutenues par des arcs surbaissés qui viennent se fondre, sans l’intermédiaire de chapiteaux, sur des colonnes engagées puis cantonnant les piliers. Très curieuse particularité : les trois clefs de voûte, dont les pendentifs sculptés ont été déposés par mesure de sécurité, sont reliés par une arête longitudinale, ou lierne, qui au lieu de coller à la voûte pour la soutenir, est complètement dégagée d’elle.

En plus de celle qui donne sur la façade, trois fenêtres éclairent ce bas-côté sud. Le dessin de leurs meneaux manifeste le style de la Renaissance. Les quatre vitraux ainsi que les trois autres du bas-côté nord, placés par M. l’abbé Besançon en 1958, sont l’œuvre d’un maître verrier de Troyes. Traités dans le style d’images populaires, les personnages qui y sont représentés sont les saints patrons particulièrement vénérés dans le pays par nos ancêtres et qui rendent témoignage de leurs préoccupations et de leur foi. Ce sont les mêmes que ceux qui figuraient sur les vitraux antérieurs. Parlons de chacun d’eux.

Saint Joseph était vénéré comme le patron des familles, on lui confiait tous les intérêts temporels et financiers du ménage. On l’invoquait aussi pour obtenir une bonne mort.

Saint Vincent, le diacre espagnol martyrisé, rôti sur un gril, en 304, devait d’être patron des vignerons à ce que son nom sent le vin ou à ce fait que le vin est le « sang » de la vigne. Y eut-il à Champigny, comme ailleurs en pays vignoble, une Confrérie de Saint-Vincent ?

Saint Nicolas, évêque de Myre et de Bari, entré au ciel en 342 et représenté avec les trois petits enfants mis au saloir par le vilain boucher et ressuscités par lui selon la légende, était le patron des flotteurs de bois du Morvan et des mariniers de l’Yonne, et donc des dockers du Port- Fouquet.

Saint Biaise était un saint guérisseur, invoqué pour les maux de gorge, du hoquet à la diphtérie en passant par la coqueluche et le croup, cela parce qu’avec deux cierges bénits et mis en croix de Saint-André il avait guéri, par attouchement de la gorge, un enfant étranglé par une arête de poisson. Il était aussi patron des laboureurs et des meuniers parce que son nom, « Blasius » en latin, rappelait le blé, prononcé bla, de bladum en bas-latin.

Avant de parler des vitraux de l’autre bas-côté, signalons, placé sur la pile de pierre à l’entrée de la chapelle, la statue de saint Sébastien, en bois polychrome. C’était un centurion romain, martyrisé sous Dioclétien, percé de flèches, mais qui, miraculeusement guéri, se présenta sain et sauf devant l’empereur. C’était donc aussi un saint guérisseur, invoqué contre la peste dès la fin du VIIe. Il patronnait les archers, le tir à l’arc ayant été longtemps dans nos régions un sport très pratiqué.

Un regard dans la chapelle qui est sous le clocher. Elle fut jadis dédiée au Bon Pasteur, puis au XIXe consacrée à la dévotion au Sacré Cœur de Le vitrail, posé en 1858 par le curé Adam, montre la fameuse apparition à sainte Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial. Quant au grand tableau représentant le Sacré-Cœur, placé d’abord au mur du fond de cette chapelle, il fut reporté au dessus de la porte d’entrée de l’église, où il est encore, lorsqu’en 1916 l’abbé Gamard transforma toute cette chapelle en grotte de Lourdes. L’abbé Besançon, en 1950, installa en ce lieu le culte de saint Joseph et l’abbé André fit faire en 1963 l’autel actuel en pierre que consacra le R.R.P. Abbé de la Pierre-qui-Vire.

Rendons-nous maintenant dans le bas-côté nord. Nous y retrouvons sur les vitraux l’image de trois autres saints.

Sainte Barbe, avec la tour où son père la séquestra, était invoquée contre la foudre, l’incendie, la male mort et les invasions de sauterelles. Elle patronnait les pompiers, les arquebusiers, les carriers, les architectes, les maçons, etc.

Saint Jean-Baptiste est bien à sa place au dessus des fonts baptismaux.

Ceux-ci sont tout-à-fait dignes de retenir l’attention. Sur un podium entouré d’une délicate balustrade (on remarque la même disposition à Courlon), une cuve de bois sculpté est surmontée d’une sorte de baldaquin formé de quatre tiges de fer recourbées, soutenant au sommet un globe surmonté d’une croix. Quant à la piscine, chresmée le 10 avril 1606, elle a reçu un décor sculpté et peint propre à évoquer les eaux qu’elle contient : roseaux, nénuphars en fleurs et autres plantes aquatiques où se cachent des grenouilles et une poule d’eau. Cet ensemble d’art rustique est de qualité.

Tout à côté on remarquera, encastré dans le mur, un fragment d’une dalle funéraire du XIIIème ou XIVème siècle.

Au-dessus de la porte latérale fut placé, après la guerre de 14-18, l’ancien tableau obituaire, au cadre sculpté et orné de motifs macabres, qui se trouvait à la place occupée actuellement par le tableau du Sacré- Cœur. On y lisait alors les noms des défunts que la loi de Séparation avait spoliés de leurs fondations pieuses. Aujourd’hui il porte les noms des 54 enfants de Champigny morts pour la France pendant les deux grandes guerres du siècle. On peut lire ces mêmes noms sur le monument élevé par la commune à leur souvenir sur la place de l’église et inauguré le 14 juillet 1922.

Les trois travées de ce bas-côté sont elles aussi construites sur plan carré, mais les arcs y sont en tiers point. La clef de voûte de la première travée s’orne d’un pendentif sculpté où l’on relève des traces de polychromie et où l’on voit des animaux fantastiques enlacés. Les deux autres pendentifs portent un écusson. Sur l’un d’eux, une inscription se lit maintenant difficilement : TISSIER M GARNIER MAR... MLC... VI. Michel Tissier ayant été curé de Champigny de 1657 à 1682, il est possible qu’il ait eu à refaire ces voûtes au XVIIe.

Saint Hubert occupe le dernier vitrail de cette partie de l’église. Avant d’être évêque de Maëstricht et de Liège, grand chasseur, il s’était converti à la vue d’un cerf qui portait un crucifix dans ses ramures et l’interpellait. Se rendant à Rome il traversa nos régions et demeura quelques mois à l’Abbaye de Sainte-Colombe , près 'de Sens. Ayant reçu du Ciel, selon la légende, une étole pour combattre la rage, il est devenu un saint guérisseur, invoqué contre la morsure des chiens enragés et aussi celle des serpents venimeux.

La chapelle du transept gauche réserve des surprises. C’est en effet la partie de l’église la plus riche et la plus curieuse.

A commencer par ces colonnes torses qui en ouvrent l’accès et qu’on retrouve en plusieurs endroits dans cette partie de l’église. Mais plutôt que de vraies colonnes torses, telles que celles que l’on voit dans l’église Sainte- Croix de Provins, de l’ancien diocèse de Sens, et qui datent aussi de 1519, il s’agit ici simplement de moulures, dites tores ou boudins, qui tournent en spirale autour de piliers engagés.

Etonnants aussi, sur la droite, ces deux piliers qui soutiennent le grand arc ouvrant sur le chœur de l’église. Ils ont été transformés en niches géminées, avec socles et dais finement sculptés dans le goût en vogue à la fin du XVe et au début du XVIe : l’art gothique flamboyant. Dans les niches du pilier de droite, deux statues polychromes d’art populaire : Saint Vincent et Sainte Anne, éducatrice de sa fille Marie. Celles du pilier de gauche — quatre, sur deux étages — sont vides.

Quant à la voûte, en forme d’étoile à quatre branches, c’est un très bel exemple de voûte à liernes. Au croisement des nervures, cinq pendentifs, avec écussons vierges destinés à recevoir les armoiries des seigneurs.

Mais ce qui suscite le plus l’admiration c’est cette grande verrière flamboyante que nous avions vue de l’extérieur. De ses vitraux du XVIe, malgré la réparation qu’en fit faire sous l’Empire le marquis de Balincourt, il ne reste malheureusement plus rien. En 1864, en effet, la fabrique décida de les remplacer et confia le travail à Foulquier, de Toucy, qui cuisit ses verres dans le four du presbytère. Mais ils furent jugés si laids (voir les deux Saint-Martin du sanctuaire qui sont de la même... cuisson !) que le curé Ragot leur substitua ceux-ci en 1899, œuvre de Verminet de Reims, d’une harmonie plus douce et d’un dessin plus fin.

Dans la rosace, parmi les motifs floraux, figurent quelques symboles mariaux empruntés aux litanies de la Vierge. Dans les lancettes du registre inférieur est racontée l’histoire du Salut : Adam et Eve chassés du Paradis, au centre la Vierge et l’Enfant, à droite la Nativité et la Crucifixion. Dans la partie basse se lisent les armoiries des seigneurs de Champigny. Au centre le blason des Testu de BalincourV : « d’or à trois lions léopardés de sable, lampassés et armés de gueules, passant l’un sur l’autre, celui du milieu contourné », entouré du collier du Saint-Esprit et surmonté de la couronne comtale. De part et d’autre, les armoiries des de Bernard : « écartelé de sable et d’argent à 4 rocs d’échiquier de l’un en l’autre, sur le tout d’azur à une fleur de lys d’or ». Puis, aux deux extrémités le blason de Dlle Anne Legoux, femme d’Etienne Bernard, « coupé en 1" comme ci-contre et au 2e à la croix pâtée d’argent ».

Le grand rétable en stuc, consacré au triomphe de la Sainte Croix, est d’un style un peu postérieur à tout ce qu’on a vu précédemment dans cette chapelle. Avec ses deux colonnes aux chapiteaux composites, ses piliers plats ornementés, son double entablement, son fronton triangulaire au centre duquel est représenté Dieu le Père tenant le globe terrestre en sa main, il n’a plus rien du gothique flamboyant, mais se réfère au style de la Renaissance qui prévalut en France sous François-I" à partir de 1520.

Au centre de la partie haute de ce rétable, se dresse une grande croix à laquelle est appuyée une échelle ; au sommet de cette croix, l’inscription I. N. R. I. est surmontée de la couronne d’épines qui ressemble à un nid et sur laquelle la colombe du Saint-Esprit déploie ses ailes. De chaque côté, deux anges de la Passion. La présence d’une statue de l’immaculée Concep¬tion là où l’on attendrait plutôt une belle Piéta et le thème iconographique du nouveau vitrail montrent que cette chapelle de la Sainte-Croix est maintenant consacrée au culte de la Sainte Vierge.

C’est Etienne Bernard et sa femme Anne Legoux qui fondèrent ici, en 1519, une chapelle en l’honneur de la Sainte-Croix et bâtirent cette aile « à costé sénestre de l’église paroissiale de Champigny » pour y abriter l’autel, contribuant ainsi au relèvement de l’église détruite pendant les guerres. Une fois réglées les difficultés de succession, leur fils Jacques de Bernard ratifia, le 14 avril 1542, cette fondation en exécution des volontés de ses père et mère et « dans l’édifice de la chapelle fait de neuf à leurs dépens » . Le rétable, plus tardif, pourrait être son œuvre propre.

La fondation d’une chapelle dans une église comportait une rente destinée au chapelain qui assurerait le service religieux. Cette rente, de 10 livres tournois, fut constituée par le don de terres et de prés. Au chapelain furent aussi octroyées « toutes les dîmes, tant gros que menus, qui sont des appartenances de la terre et seigneurie de Malvoisine ». Le tout constituera en 1791 — le sieur Michel, curé de Villeneuve-la-Guyard, ayant pris à bail les terres de cette chapelle et les droits de dîmes — un revenu de 337 livres 10 sols. Cette chapelle était dite « fondée en patron laïc » c’est-à-dire que la nomination du chapelain, perpétuel, était « à la collation et sur la présentation du Seigneur de Champigny à toujours ». En fait le titulaire fut souvent le curé. 11 lui incombait de célébrer deux messes perpétuelles chaque semaine : une le vendredi « qui sera de la Sainte Croix et pour les trépassés », l’autre le dimanche et qui sera de l’office propre. Il devait aussi à la fin de la messe chanter le Requiem « au lieu où est inhumée ladite feue Legoux », et le Libéra avec vergés et oraison, le De profundis étant chanté à l’offertoire.

Par ailleurs les seigneurs fournissaient le pain et le vin qui s’offraient le lendemain de la fête de Saint-Martin et étaient distribués aux pauvres aussitôt après la messe. Dans cette chapelle les châtelains prenaient place pour assister aux offices ; ils y disposaient d’un « magnifique banc seigneurial » qui fut détruit en 1793, comme furent bûchées leurs armoiries au bas des piliers du rétable. Ils y avaient aussi leur tombeau, en marbre noir de pierre de Tournay, confectionné en 1534, à la demande de Jehan et Claude de Bernard, par le sieur Legoult, marchand tombier demeurant à Paris.

Le choeur de l’église, où nous pénétrons pour achever la visite, a reçu une voûte d’arêtes. Il est largement ouvert sur le transept gauche, chapelle de la Vierge, mais par contre ne communique avec la chapelle qui est sous le clocher que par une arcature de cinq mètres où l’orgue a tout juste pris place.

Au petit orgue-harmonium acheté en 1846, on fit succéder en 1862 un orgue de 7 jeux, tout semblable à celui de Vinneuf. C’était l’œuvre d’un certain abbé Clergeau, chanoine de Sens, demeurant à Paris, qui exécuta la commande pour 2 590 F. Cet instrument fut placé sur une tribune élevée au-dessus de la porte d’entrée et à laquelle on accédait par un escalier partant du porche. C’est le curé Gamard, excellent musicien, qui en 1916 le descendit de la tribune et le dota d’une console et d’un pédalier de sa confection, ainsi que d’une soufflerie électrique. Cet orgue fut restauré et enrichi de jeux nouveaux en 1964.

Près de l’orgue, accrochée au mur dans un beau cadre Empire sculpté, une grande toile, copie de la partie supérieure du célèbre tableau de Raphaël : la Transfiguration.

Le chœur avait été d’abord, à une certaine époque, séparé de la nef par une grille simple, « basse et sans grâce ». En 1851 la fabrique la fit orner de losanges et demi-cercles entremêlés, « le tout bien fait, bien poli, bien ajusté » ; puis fit confectionner deux autres grilles semblables à celle-ci pour fermer le chœur sur les deux autres côtés. Devenues gênantes pour le culte, ces grilles furent naguère retirées. Il en reste deux témoins de chaque côté de l’orgue.

Quatre des nervures de la voûte du sanctuaire retombent sur des dais sculptés abritant quatre statues. Les deux du centre, en plâtre, représentent Saint Pierre et Saint Paul ; celles de droite et de gauche, en bois poly¬chrome et reposant sur des socles en bois sculpté, sont celles de deux évêques bénissant, vraisemblablement tous deux de Saint Martin. Patron des soldats à cause de son premier état, des drapiers à cause de son manteau partagé avec un pauvre, et des cabaretiers dont l’enseigne était souvent : « Au grand Saint Martin », c’est un des saints les plus populaires. En France 500 villages et 4 000 églises portent son nom. Dans l’Yonne, où ses reliques fuyant les Normands trouvèrent refuge, 50 paroisses sont sous son patronage. Patron de la paroisse, il est également ici titulaire de l’église.

On sait que l’apôtre des Gaules, saint Martin, détruisit dans les campagnes l’idôlatrie qui y régnait, et cela en substituant au culte payen des pratiques chrétiennes. Or il y a à Champigny, dans la plaine, derrière la gare, un lieu-dit La Fontaine Saint Martin. Cette fontaine fut-elle jadis objet d’un culte des eaux comme on le prétend ? Serait-ce à l’occasion de la christianisation de ce culte payen que saint Martin devint patron de la paroisse qui se constitua alors ? On dit aussi — mais on le dit de tant de ces fontaines — qu’une fois par an, au cours d’un pèlerinage à cette source, on jetait dans le bassin des épingles dont le tournoiement dans les eaux permettait aux jeunes filles en mal de mari de pronostiquer leur avenir.

C’est encore le saint patron que l’on voit représenté dans les trois grandes baies cintrées et à chanfreins du chevet. Le vitrail du centre fut offert par M. Dijols à la fin du XIX*. Au registre du bas, le saint ressuscite un enfant mort ; au-dessus, il meurt assisté du donateur et du curé Adam ; dans le haut il triomphe, avec ses emblèmes : le soleil rayonnant et le manteau, tenu par des anges, qu’il donna au Christ en la personne du pauvre.

Devant la grande croix d’art populaire, qui avait sa place dans la nef, face à la chaire, un nouvel autel remplace le précédent qui était de ce style néogothique à la mode dans nos églises au siècle dernier. En granit du Morvan, matériau assez insolite ici, et œuvre du sculpteur Marc Hénard, il fut consacré en 1961 par Mgr Lamy, archevêque de Sens.

On peut voir encore sur les murs, à l’intérieur et à l’extérieur de l’église, les traces d’une litre, cette bande noire que l’on peignait au décès d’un seigneur, avec ses armoiries, et qui manifestait les droits seigneuriaux sur l’église.

L’église de Champigny a été inscrite en 1907 sur l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques.